Suivre une voie ouverte mais stratégique en Europe et dans le reste du monde

Il est temps de changer de route 

Notre prospérité dépend en grande partie de nos relations avec les pays étrangers. Trois aspects sont importants à cet égard : (1) les exportations vers les pays tiers, (2) les investissements étrangers dans notre pays et (3) la disponibilité des matières premières. La réalité géopolitique remet en question notre politique actuelle en matière de commerce international. La question qui se pose maintenant est la suivante : comment la Belgique va-t-elle réagir ?


Tous les regards se tournent vers l’Asie et l’Afrique

Les chaînes de valeur mondiales sont inestimables pour notre pays. Non seulement parce que notre industrie est intégrée au niveau international, mais aussi parce que nous nous spécialisons principalement dans l’exportation de produits semi-finis et finis à haute valeur ajoutée. 

Aujourd’hui, la Belgique tire principalement sa richesse du commerce au sein de l’Europe et en particulier avec les pays voisins que sont l’Allemagne, la France et les Pays-Bas. Toutefois, les données du Fonds monétaire international (FMI) montrent que le PIB mondial augmentera principalement en Asie et en Afrique au cours de la prochaine décennie.

L’interprétation souple des règles en matière d’aides d’État nuit aux petits États membres de l’UE

L'efficacité du marché unique n'est pas infaillible. Lors des différentes crises récentes, les grands États membres n’ont pas hésité à compléter les règles assouplies en matière d’aides d’État par d’importants programmes d’aide, par exemple en faveur de leurs industries à forte consommation d’énergie. La Commission européenne a d’ailleurs contribué à faciliter cette démarche. En fin de compte, l’interprétation souple s’est avérée particulièrement préjudiciable aux petits États membres.

La délocalisation, une épée de Damoclès au-dessus de l’Europe

Bien que la guerre en Ukraine soit à l’origine un développement géopolitique organisé par la Russie, les États-Unis, la Chine et d’autres puissances économiques prennent également des positions – visibles ou non. En outre, sous l’administration actuelle, les relations entre la Chine et les États-Unis ne se sont pas améliorées. Par ailleurs, en 2022, les États-Unis ont annoncé la mise en oeuvre de l'Inflation Reduction Act (IRA). Si l’on ajoute à cela le fait que les coûts énergétiques américains représentent un quart des coûts européens, la délocalisation (définitive) d’un certain nombre de secteurs industriels devient soudain un risque très réel.

Mise en place du CFI et numérisation des douanes

Des changements majeurs ont également eu lieu à l’intérieur de nos frontières nationales, avec un impact sur le commerce international. La création du Comité de filtrage interfédéral (CFI) est sans aucun doute le développement le plus important à cet égard. 

En outre, la numérisation des douanes doit être poussée plus loin pour continuer à garantir que la Belgique soit une porte d’entrée sur le marché européen. Des entreprises déplacent déjà leurs importations vers Rotterdam et Hambourg en raison des difficultés rencontrées dans les ports belges. Une numérisation complète et performante des douanes belges – en tant que pionnier et non plus en tant que retardataire – contribuera à améliorer la position de notre pays au sein de l’UE.

Que fait le Comité de filtrage interfédéral (CFI) ? 

Ce nouvel organe évalue si les investissements directs étrangers présentent des risques potentiels pour la sécurité nationale et les intérêts stratégiques des États. Il détecte les menaces potentielles et prend des mesures préventives pour protéger les secteurs nationaux sensibles. Songeons aux infrastructures critiques, aux technologies critiques, aux matières premières, à l’énergie ou à la défense. C’est précisément en raison de cette tâche importante et de la complexité de la structure de l’État belge qu’un exercice permanent de benchmarking de cet instrument est indispensable. De cette manière, son efficacité et son efficience peuvent être évaluées par rapport aux pays voisins.


Roadmap pour une prospérité durable

#1 Donner à l’Europe un accès préférentiel aux marchés existants et surtout aux nouveaux marchés grâce à la politique commerciale de l’UE. 

Cela permet une plus grande diversification géographique des chaînes de valeur. Grâce à des accords bilatéraux de libre-échange, l’UE peut contribuer à un approvisionnement durable et diversifié en matières premières tout en appliquant des règles d’origine plus stable. 

 

#2 Développer en interne une politique économique et industrielle (européenne) pour attirer les investissements étrangers qui profitent à la recherche, au développement, à l’innovation et à la croissance en Belgique et, par extension, à l’UE. 

 

#3 Attirer activement les investissements internationaux en mettant l’accent sur les secteurs stratégiques. Utiliser le mécanisme de filtrage interfédéral de manière stratégique et éviter autant que possible d’autres considérations qui s’écartent de l’ordre public et de la sécurité nationale. Surtout, ne pas rendre le mécanisme plus complexe que dans les pays voisins et éviter que notre pays ne passe à côté d’investissements importants. Un exercice permanent de benchmarking du CFI est nécessaire pour évaluer son efficacité et son efficience par rapport aux pays voisins.

 

#4 Fournir des ressources suffisantes pour la transformation numérique accélérée et approfondie de nos opérations douanières afin de placer notre pays sur la carte en tant que porte d’entrée de l’UE. Nous devrions aspirer à être un pionnier, mais sommes malheureusement à la traîne aujourd’hui. Les difficultés rencontrées dans les ports belges poussent même les entreprises à déplacer leurs importations vers Rotterdam ou Hambourg. 

 

#5 Veiller activement aux principes et au fonctionnement du marché unique. 

 

#6 Plaider à tous les niveaux politiques pour que l’UE joue un rôle de premier plan dans les négociations multilatérales. 

Si l’OMC doit être réformée, le système commercial fondé sur des règles n’est donc pas mort. Pour permettre une réforme adéquate, l’organisation doit d’abord être réévaluée. Après tout, elle permet la recherche active de partenaires stratégiques pour forcer les grandes économies à suivre le plus grand dénominateur commun. 

 

#7 Maintenir des relations commerciales stables avec les pays tiers détenteurs de ressources et miser sur des chaînes d’approvisionnement fiables pour ancrer la production dans notre pays. Outre l’Asie et l’Afrique, nous devrions également nous tourner vers les Amériques. 

 

#8 Défendre un dialogue économique continu entre l’UE et d’autres grandes puissances comme la Chine, dans l’intérêt général de l’Europe. 

S’opposer aux initiatives non coordonnées des différents États membres. Jouer un rôle de premier plan dans l’élaboration de partenariats stratégiques avec des pays confrontés aux mêmes conséquences des nouvelles réalités géopolitiques.

Technology for a better world 

Une vision ouverte et stratégique du commerce international est une nécessité pour l’industrie technologique. Nous avons besoin des pays tiers en tant que marchés, sources de matériaux et de matières premières, ainsi que de capitaux et d’investissements dans notre pays. Ce sont des éléments déterminants pour concrétiser notre engagement en matière de création de valeur ajoutée.

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